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Licenses chiens et chats

Réhabiliter les chauves-souris dans l’imaginaire humain

Dans La mauvaise réputation, Georges Brassens chante que « les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux », que « je ne fais pourtant de mal à personne en suivant mon chemin de petit bonhomme », que « tout le monde médit sur moi » et que « tout le monde me montre du doigt ». Ces paroles, qui reflètent la sale réputation d’un être qui refuse le grégarisme des gens de son village, peuvent aisément s’appliquer, par la magie de la métaphore symbolique, au seul mammifère volant largement honni de l’humain qu’est la chauve-souris. Pourquoi cette mauvaise réputation affecte-t-elle un animal pourtant si utile aux écosystèmes naturels ? Pourquoi cette peur et ce mépris ?

 

Chronique d’une nécessaire réhabilitation.

Ce n’est pas d’hier que les humains craignent ou méprisent la chauve-souris. Dans la Rome antique, on la comparait physiquement au diable. De façon générale, les Occidentaux la diabolisent car, dit-on, elle serait porteuse de mort et de virus. C’est la raison pour laquelle notre imaginaire collectif a historiquement fait de cet animal mythique des représentations symboliques maléfiques. On n’a qu’à penser aux films Dracula ou Chauve-Souris au cinéma et à la fête de l’Halloween. Il y a bien Batman qui tend à rétablir un peu sa réputation, mais bon, nous sommes encore loin de la coupe aux lèvres.

 

Plusieurs semblent attribuer l’origine du virus Ebola, lequel a fait des milliers de morts en Afrique en raison de ses 28 épidémies successives depuis son apparition en 1976 – notamment au Congo et en Afrique de l’Ouest – à la chauve-souris qui en est un porteur asymptomatique. Avec un taux de mortalité qui oscille entre 25 % et 90 % selon la virulence de l’épidémie, le virus Ebola a exacerbé la mauvaise réputation faite à ce chiroptère (qui veut dire, en grec ancien, mains ailées).

 

La plus récente pandémie à la SARS-CoV-2, communément nommée Covid-19, a amené son lot d’accusations à l’égard de la chauve-souris. Plusieurs la rendent responsable de la transmission du virus à l’humain. Il est vrai que des variantes du coronavirus sont naturellement présentes dans le corps de plusieurs espèces vivant en Asie. Il est aussi véridique que l’Institut Pasteur de Paris a réussi à identifier, au Laos (Asie du Sud-Est), des virus dans les chauves-souris capables d’infecter l’humain.

 

Mais, c’est surtout vers la Chine que le monde se tourne pour trouver un « coupable » de l’actuelle pandémie mondiale. Au-delà des considérations géopolitiques qui ne seront pas discutées ici, il y a un facteur important à prendre en compte : la place occupée par la chauve-souris dans la mythologie et les croyances chinoises.

 

La tradition chinoise vénère en effet la chauve-souris depuis des millénaires. Le caractère « fu » désigne, en mandarin, bonheur mais également chauve-souris. Cet homonyme est conséquemment caractérisé, dans la culture chinoise, par le fameux « Wufu Pengshou », un motif à cinq chauves-souris qui entoure le caractère chinois désignant la longévité : « shou ». Ces cinq chauves-souris représentent respectivement la santé, la moralité, la tranquillité, la richesse et une belle mort.

 

En temps de crise sanitaire mondiale, plusieurs ont associé la Chine, ses traditions, la chauve-souris, le virus et la transmission vers l’humain étant donné que le nouveau coronavirus émanerait, selon toute vraisemblance, de l’empire du Milieu. Or, cette association Chine/chauve-souris/Covid19 a malheureusement renforcé la mauvaise réputation de ce mammifère mal-aimé.

 

Une alliée insoupçonnée

On tend souvent à oublier que la chauve-souris est une pièce importante sur l’échiquier mondial de la biodiversité, de l’équilibre alimentaire et de la pollinisation de nombreux fruits exotiques.

 

Présente sur tous les continents, elle se décline en quelque 1 300 variétés différentes de par le monde. Pesant normalement entre 4 et 8 grammes, la chauve-souris dispose d’un sonar (écholocalisation) pour s’orienter et se nourrir la nuit, a une espérance de vie de 30 ans, est insectivore à 70 % grâce à ses ailes qui peuvent ramasser entre 500 et 1 000 insectes à l’heure, mais également carnivore, frugivore, piscivore, nectarifère et, pour trois espèces seulement, hématophage.

 

Mais au-delà de ces caractéristiques génériques, la chauve-souris est une alliée insoupçonnée pour les populations environnantes. En dévorant des colonies d’insectes chaque nuit, la chauve-souris protège les champs de cultivateurs contre la destruction de leurs récoltes et peut conséquemment réduire jusqu’à 50 % l’utilisation de pesticides toxiques pour la santé.

 

Dans plusieurs pays du monde, la chauve-souris est responsable de la pollinisation de nombreux fruits, notamment l’agave, la date, la banane, la pêche, le fruit de certains cactus (notamment l’opuntia) et la mangue. Sans son apport, ces fruits ne pourraient tout simplement pas se reproduire et croître.

 

La chauve-souris frugivore participe activement à la reforestation de régions tropicales en disséminant des graines dont la germination a débuté dans son estomac. Au Mexique, l’industrie de la téquila ne pourrait pas survivre sans la pollinisation d’une soixantaine de variétés d’agaves différentes.

 

Malgré son importance pour les écosystèmes naturels, peu de cas est fait, ici au Canada, pour protéger les 18 espèces – incluant les 8 espèces présentes  au Québec – dont l’existence est menacée dans l’est du pays.

 

Une population en voie de disparition

La population de chauve-souris au Canada a en effet été décimée depuis l’introduction, en 2006, du syndrome du museau blanc, une infection d’origine fongique émanant de l’Europe qui s’attaque à l’animal par le museau ou la membrane de ses ailes durant l’hibernation. Essaimant dans les mines désaffectées et les cavernes, ce champignon à l’origine du syndrome a ravagé, principalement dans l’est du pays, jusqu’à 95 % des chauves-souris qui hibernent en ces lieux froids et humides la moitié de l’année.

 

Il est précisément là le danger, et non pas dans le risque, très faible, de transmission d’un virus ou de la rage. C’est ce que confirmait la biologiste Erin Baerwald de l’Université du Nord de la Colombie-Britannique. Il est faux de prétendre que la chauve-souris est porteuse de maladies. « Elles sont en fait assez propres et fascinantes », disait la biologiste à Radio-Canada durant la Semaine internationale des chauves-souris qui se terminait, vous l’aurez deviné, le 31 octobre dernier.

 

Le nichoir

C’est la raison principale pour laquelle nous, aux Sentiers de L’escapade, avons décidé d’installer récemment un nichoir à chauve-souris entre les kilomètres 4 et 5 de notre sentier le Haut-Lieu. Situé près de l’étang du Haut-Lieu, le nichoir est juché sur un poteau qu’il est impossible de manquer lors de votre prochaine randonnée.

 

Entouré de pancartes informatives en amont et en aval, ce nichoir a pour ambition de contribuer au repeuplement sécuritaire des chauves-souris, d’une part, et de rétablir sa réputation d’animal essentiel à l’écosystème terrestre, d’autre part.

 

Car sa mauvaise réputation relève davantage, au final, d’une méconnaissance profonde de son mode de vie, des représentations négatives liées à son « hygiène » et de ses comportements fantasmés par l’humain.

 

C’est que nous tentons modestement de faire aux Sentiers de L’escapade avec le nichoir. Une installation utile que vous pourriez reproduire chez vous et qui vous permettra de récupérer les excréments pour en faire de l’engrais pour votre potager.

 

 

Sources :

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